L'EPS en mouvement Champ 1
Articuler motricité, raisonnement mathématique, numérique et sciences cognitives afin de construire des apprentissages explicites, concrets et interdisciplinaires à l’école primaire.
Finalités de la formation
EPS Mathématiques Numérique Sciences Cognitives
Cette formation vise à accompagner les CPD dans la mise en œuvre de situations interdisciplinaires mobilisant simultanément l’engagement moteur, les mathématiques, le numérique et la démarche scientifique.
Les apprentissages mathématiques prennent appui sur une expérience corporelle vécue.Situation 1 — De la Foulée au Calcul
Présentation générale
Cette situation interdisciplinaire permet aux élèves de cycle 3 de comprendre concrètement la notion de vitesse à partir de leur propre activité motrice. Les données produites en EPS deviennent des supports d’apprentissage mathématique et numérique.
| Domaine | Objectifs |
|---|---|
| EPS | Adapter son allure selon la distance et gérer son effort |
| Mathématiques | Résoudre des problèmes de proportionnalité et convertir des unités |
| Numérique | Automatiser un calcul à l’aide d’un tableur |
Phase 1 — La pratique motrice
Les élèves réalisent trois courses de distances différentes. Chaque élève est associé à un binôme chargé du chronométrage.
| Distance | Intention motrice | Données recueillies |
|---|---|---|
| 30 mètres | Courir à vitesse maximale | Temps + sensations |
| 100 mètres | Maintenir une allure soutenue | Temps + sensations |
| 200 mètres | Gérer son effort | Temps + sensations |
Phase 2 — Comprendre le calcul de la vitesse
« Comment transformer un temps de course en vitesse en km/h ? »
La démarche de calcul est volontairement décomposée afin de rendre la notion de vitesse compréhensible pour les élèves.
Étape 1 — Calcul de la vitesse en mètres par seconde
On cherche combien de mètres sont parcourus en une seconde.
Vitesse = Distance ÷ TempsExemple :
- Distance : 30 mètres
- Temps : 6 secondes
L’élève court donc à 5 mètres par seconde.
Étape 2 — Passage à l’heure
Une heure contient 3600 secondes.
60 × 60 = 3600 secondesOn multiplie donc la vitesse obtenue par 3600.
5 × 3600 = 18 000 mètres par heureÉtape 3 — Conversion en kilomètres
Comme 1000 mètres correspondent à 1 kilomètre, il faut diviser par 1000.
18 000 ÷ 1000 = 18 km/hFormule simplifiée
Les élèves découvrent progressivement qu’il est possible de simplifier le calcul.
(Distance ÷ Temps) × 3,6Exemple :
(30 ÷ 6) × 3,6 = 18 km/hPhase 3 — Exploitation numérique sur tableur
Le tableur permet d’automatiser les calculs pour l’ensemble de la classe.
| Colonne | Contenu |
|---|---|
| A | Nom de l’élève |
| B | Temps réalisé |
| C | Vitesse calculée |
=((30/B2)*3600)/1000
puis forme simplifiée :
=(30/B2)*3,6
Phase 4 — Construction du graphique
Les élèves représentent l’évolution de leur vitesse selon la distance.
- Axe horizontal : distance
- Axe vertical : vitesse en km/h
- Placement des points
- Lecture de la courbe
Plus la distance augmente, plus la vitesse diminue.
Phase 5 — Analyse et verbalisation
L’enseignant conduit une réflexion collective à partir des résultats.
- Pourquoi la vitesse baisse-t-elle ?
- Quel lien avec les sensations ressenties ?
- Quelle vitesse serait possible sur 400 mètres ?
Points de vigilance pour les enseignants débutants
| Point de vigilance | Enjeu pédagogique |
|---|---|
| Précision du chronométrage | Garantir des données fiables |
| Compréhension du calcul | Donner du sens aux conversions |
| Lecture du graphique | Faire émerger la notion de chute d’allure |
| Verbalisation | Relier sensations et résultats |
Situation 2 — L’Énigme du Témoin
Pourquoi cette situation ?
Les enseignants débutants constatent souvent que les élèves considèrent le relais comme une simple succession de courses individuelles. Cette situation permet au contraire de faire comprendre que la performance dépend principalement de la qualité de la transmission.
« Ce n’est pas seulement la vitesse des coureurs qui compte, mais la vitesse du témoin. »
Objectifs de la situation
| Domaine | Objectifs |
|---|---|
| EPS | Maintenir la continuité de la vitesse dans un relais |
| Mathématiques | Comparer des vitesses et lire des graphiques |
| Numérique | Mesurer et visualiser des données |
| Coopération | Agir en coordination avec un partenaire |
Étape 1 — Faire émerger le problème
L’enseignant propose plusieurs relais observés par les élèves. Les équipes ne sont volontairement pas équilibrées.
Certains binômes rapides réalisent des transmissions inefficaces. D’autres binômes moins rapides transmettent mieux le témoin.
L’objectif est de faire émerger un conflit cognitif : être rapide ne suffit pas pour réussir un relais.Étape 2 — Comprendre la notion de vitesse du témoin
L’enseignant explique que l’on ne mesure plus seulement la vitesse du coureur mais celle du témoin.
| Zone | Ce qu’il se passe | Point d’attention |
|---|---|---|
| Zone 1 | Accélération du donneur | Atteindre une vitesse élevée |
| Zone 2 | Transmission du témoin | Limiter les pertes de vitesse |
| Zone 3 | Relance du receveur | Conserver la continuité |
Étape 3 — Organisation matérielle
- Tracer trois zones distinctes au sol ;
- Prévoir des plots de couleur ;
- Former des groupes de 4 élèves ;
- Attribuer des rôles précis.
| Rôle | Mission |
|---|---|
| Coureur donneur | Maintenir sa vitesse jusqu’à la transmission |
| Coureur receveur | Se mettre en action progressivement |
| Chronométreur | Déclencher les mesures |
| Observateur | Analyser la transmission |
Étape 4 — Recueil des données
Les élèves chronomètrent le passage du témoin dans chaque zone.
L’enseignant peut utiliser :
- un chronométrage manuel ;
- une tablette ;
- une application EPS ;
- un tableur partagé.
Étape 5 — Construire le graphique
Les vitesses des trois zones sont reportées sur un graphique.
La courbe prend souvent la forme d’un « V ».
Cette représentation permet de rendre visible un phénomène invisible pendant l’action.
Étape 6 — Comprendre les causes de la perte de vitesse
| Erreur observée | Conséquence | Transformation recherchée |
|---|---|---|
| Receveur arrêté | Freinage brutal | Mise en action anticipée |
| Donneur qui ralentit | Perte d’énergie | Maintenir sa course jusqu’au bout |
| Transmission hésitante | Temps perdu | Bras tendu et cible stable |
Étape 7 — Réinvestissement et progrès
Les élèves testent ensuite de nouvelles stratégies puis comparent leurs nouveaux graphiques.
L’objectif n’est pas seulement de courir plus vite mais d’obtenir une courbe plus stable.Points de vigilance pour les T1
| Vigilance | Pourquoi ? |
|---|---|
| Matérialiser clairement les zones | Éviter les confusions spatiales |
| Former les chronométreurs | Garantir des données exploitables |
| Valoriser l’analyse | Ne pas réduire le relais à la vitesse pure |
| Sécuriser les trajectoires | Limiter les collisions entre élèves |
Situation 3 — Le Défi du Semi-Marathon en Relais
Intention pédagogique
Cette situation vise à faire comprendre aux élèves qu’une performance collective peut dépasser les performances individuelles. Elle permet également de travailler la gestion de l’effort, la coopération et les calculs de distance.
« Chaque mètre parcouru compte pour l’équipe. »
Objectifs
| Domaine | Objectifs |
|---|---|
| EPS | Maintenir un effort collectif sur une durée longue |
| Mathématiques | Calculer des distances et des vitesses |
| Numérique | Exploiter les données recueillies |
| Valeurs | Développer l’entraide et la coopération |
Étape 1 — Constituer les équipes
Les équipes sont volontairement hétérogènes. L’objectif est d’éviter des groupes uniquement composés d’élèves rapides.
La réussite collective dépend de l’équilibre des profils.L’enseignant peut s’appuyer sur les résultats obtenus lors de la situation 1 afin de répartir :
- des élèves rapides ;
- des élèves endurants ;
- des élèves plus en difficulté.
Étape 2 — Organiser l’espace
| Élément | Organisation |
|---|---|
| Piste | 400 mètres balisés tous les 25 mètres |
| Plots | 16 repères numérotés |
| Témoin | Doit rester en mouvement |
| Durée | 30 minutes |
Étape 3 — Répartir les rôles
| Rôle | Mission |
|---|---|
| Coureurs | Maintenir une allure adaptée |
| Observateur | Compter les tours |
| Gestionnaire | Noter les résultats |
| Coordinateur | Organiser les rotations |
Étape 4 — Comprendre le calcul de distance
Les élèves doivent calculer la distance totale parcourue par leur équipe.
Exemple :
- 25 tours complets ;
- dernier plot atteint : numéro 8.
Calcul des tours complets
25 × 400 = 10 000 mètresCalcul du dernier segment
Chaque plot représente 25 mètres.
8 × 25 = 200 mètresDistance totale
10 000 + 200 = 10 200 mètresConversion en kilomètres
10 200 ÷ 1000 = 10,2 kilomètresÉtape 5 — Calcul de la vitesse moyenne
La course dure exactement 30 minutes. Les élèves découvrent qu’il s’agit d’une demi-heure.
Pour obtenir la vitesse horaire, il suffit donc de multiplier par 2.Exemple :
10,2 × 2 = 20,4 km/hÉtape 6 — Mise en perspective avec le sport de haut niveau
L’enseignant compare ensuite les résultats de la classe avec une performance de référence.
« Sommes-nous collectivement aussi rapides qu’un champion ? »
Cette comparaison permet de donner du sens aux unités de vitesse et aux performances sportives.
Étape 7 — Analyse collective
Les élèves analysent les stratégies ayant permis d’obtenir les meilleurs résultats.
- rotations fréquentes ;
- gestion de l’effort ;
- communication dans l’équipe ;
- entraide entre partenaires.
Points de vigilance pour les enseignants débutants
| Point de vigilance | Pourquoi ? |
|---|---|
| Former les observateurs | Garantir la fiabilité des calculs |
| Prévoir un balisage visible | Limiter les erreurs de comptage |
| Gérer les temps d’effort | Éviter les mises en difficulté physiques |
| Valoriser tous les profils | Favoriser l’inclusion et la coopération |
Apports des Sciences Cognitives et des travaux de Stanislas Dehaene
Pourquoi intégrer les sciences cognitives dans ces situations ?
Les trois situations proposées ne relèvent pas uniquement d’une démarche interdisciplinaire. Elles s’appuient également sur plusieurs mécanismes d’apprentissage identifiés par les sciences cognitives.
Les travaux de Stanislas Dehaene montrent que les apprentissages deviennent plus solides lorsque certaines conditions sont réunies. Il identifie notamment quatre piliers essentiels :
- l’attention ;
- l’engagement actif ;
- le retour d’information ;
- la consolidation.
1 — Le pilier de l’attention
« On n’apprend bien que ce à quoi l’on prête attention. »
Pour Stanislas Dehaene, l’attention constitue la porte d’entrée des apprentissages. Un élève qui n’est pas engagé attentionnellement retient peu d’informations.
Les situations proposées favorisent fortement cette attention car les élèves :
- vivent physiquement les situations ;
- manipulent leurs propres résultats ;
- cherchent à comprendre leur performance ;
- résolvent un problème concret.
Dans la situation 1 — De la foulée au calcul
Les élèves ne calculent pas une vitesse abstraite. Ils cherchent à comprendre pourquoi ils courent moins vite sur 200 mètres que sur 30 mètres.
Le vécu corporel donne du sens immédiat aux calculs mathématiques.Les sensations ressenties :
- essoufflement ;
- fatigue ;
- difficulté à maintenir l’allure ;
deviennent des supports de compréhension.
Dans la situation 2 — Le relais
Le graphique en « V » attire immédiatement l’attention des élèves. Ils découvrent visuellement que le témoin ralentit fortement lors de la transmission.
Cette visualisation transforme une difficulté motrice invisible en phénomène observable.
Dans la situation 3 — Le semi-marathon
L’objectif collectif crée une forte mobilisation attentionnelle. Les élèves cherchent continuellement à savoir :
- combien de tours ont été réalisés ;
- quelle distance reste à parcourir ;
- si l’équipe peut atteindre le défi fixé.
2 — Le pilier de l’engagement actif
« Le cerveau apprend en agissant. »
Les sciences cognitives montrent que les apprentissages deviennent durables lorsque l’élève agit réellement. L’élève ne doit pas être uniquement spectateur ou exécutant.
Dans les trois situations, les élèves :
- courent ;
- mesurent ;
- calculent ;
- émettent des hypothèses ;
- analysent ;
- corrigent leurs stratégies.
Dans la situation 1
Les élèves construisent eux-mêmes la notion de vitesse. Ils ne reçoivent pas une formule à apprendre par cœur.
Ils expérimentent :
- la différence entre sprint et endurance ;
- les effets de la fatigue ;
- les conséquences sur la vitesse moyenne.
Dans la situation 2
Les élèves testent différentes stratégies de transmission.
| Hypothèse | Action | Observation |
|---|---|---|
| Le receveur doit partir plus tôt | Mise en action anticipée | Réduction du creux de vitesse |
| Le donneur ne doit pas ralentir | Maintien de la course | Transmission plus fluide |
Dans la situation 3
Les élèves doivent organiser collectivement leur stratégie :
- temps de relais ;
- gestion de la fatigue ;
- ordre de passage ;
- communication entre partenaires.
Ils deviennent acteurs de la performance collective.
3 — Le pilier du retour d’information (feedback)
« Le cerveau progresse lorsqu’il reçoit un retour rapide sur son action. »
Les sciences cognitives montrent qu’un feedback immédiat permet à l’élève d’ajuster rapidement ses stratégies.
Les outils numériques utilisés dans ces situations jouent ici un rôle central.
| Outil | Fonction pédagogique |
|---|---|
| Chronomètre | Mesurer précisément la performance |
| Tableur | Automatiser les calculs |
| Graphiques | Visualiser les évolutions |
| Application EPS | Comparer les résultats immédiatement |
Dans la situation 1
Les élèves voient immédiatement l’impact de la distance sur leur vitesse.
Le graphique transforme les données en représentation visuelle compréhensible.Dans la situation 2
Le feedback est particulièrement puissant. Les élèves testent une nouvelle transmission puis observent immédiatement si la courbe devient moins creusée.
Le progrès devient visible.
Dans la situation 3
Les élèves suivent l’évolution de la distance parcourue en temps réel. Cela entretient leur engagement et leur motivation.
4 — Le pilier de la consolidation
« Les apprentissages se stabilisent par la répétition et le réinvestissement. »
Les sciences cognitives montrent que les connaissances deviennent durables lorsqu’elles sont réactivées dans plusieurs contextes.
Les trois situations permettent précisément cette réactivation progressive.
| Situation | Ce que l’élève apprend |
|---|---|
| Situation 1 | Comprendre la vitesse et les conversions |
| Situation 2 | Réinvestir la notion de vitesse dans le relais |
| Situation 3 | Mobiliser les acquis dans une stratégie collective longue |
Le rôle du corps dans les apprentissages
Les neurosciences rappellent également plusieurs éléments importants pour les enseignants :
- l’activité physique améliore l’attention ;
- les émotions positives favorisent la mémorisation ;
- l’engagement moteur facilite l’abstraction ;
- les situations concrètes renforcent la compréhension.
Dans ces situations, les mathématiques ne sont plus présentées comme des exercices abstraits. Elles deviennent des outils permettant de comprendre une expérience vécue.
Le corps devient un support concret de la pensée mathématique.
Ce que cela change pour les enseignants débutants
Pour les T1, cette approche présente plusieurs avantages :
- donner du sens aux apprentissages ;
- favoriser l’engagement des élèves ;
- rendre les mathématiques plus concrètes ;
- développer la coopération ;
- utiliser le numérique de manière utile ;
- articuler motricité et cognition.
Cohérence institutionnelle
| Enjeu | Réponse pédagogique |
|---|---|
| Interdisciplinarité | EPS + Mathématiques + Numérique |
| Coopération | Travail collectif |
| Différenciation | Rôles variés et profils multiples |
Formation CPD l'EPS en mouvement — Académie Guadeloupe - Belafekir David CPD EPS
Nuage de mot
Education Physique et Sportive - Premier degré