Philosophie

Conférence. La vérité peut-elle survivre à la post-vérité ? Par Jenner BEDMINISTER

 

Nous avons eu la post-modernité, puis la post-démocratie et voici maintenant la postvérité. Par post-vérité on entend désigner une attitude globale relative « aux circonstances dans lesquelles les faits objectifs ont moins d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux émotions et aux croyances personnelles ». Cette définition de l’Oxford Dictionary est elle-même à l’image d’une époque où la confusion règne : en effet, par définition la formation de l’opinion générale prend appui sur les émotions et les convictions personnelles. Et l’influence des « faits objectifs » lorsqu’ils interviennent dans la formation des pensées a pour mission de transformer une croyance et une opinion en une connaissance ou un savoir justifié. Il s’agit alors de la distinction classique que nous faisons entre la connaissance d’un part et l’opinion de l’autre. La connaissance étant par définition objective et vraie et l’opinion subjective et non justifiée.Or cette distinction fondamentale, à notre époque de triomphe de la science et de la technique dont elle semble inséparable, se trouve pourtant très largement brouillée. Et ce brouillage constitue le terreau favorable à l’inflation des croyances les plus aberrantes se déployant dans une totale indifférence à l’esprit scientifique dont on peut dire qu’il consiste en l’impitoyable obligation de se confronter aux faits. Comment expliquer dès lors que dans une époque qui doit beaucoup au développement des techno-sciences on puisse en même temps assister au « triomphe de la foutaise et du cynisme » ? Comment expliquer qu’en lieu et place des droits à la vérité qui exigent la correspondance des paroles aux faits, à l’exigence de la preuve donc, on en soit venu à préférer une posture d’indifférence absolue à l’égard de la différence entre le vrai et le faux ?

Jenner Bedminster

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